

Le patronyme Drolet prend ses racines dans le prénom Raoul, qui engendra Rollet ou de Rollet, petit Raoul. Le tout s'est métamorphosé en Drolet.
Christophe Drolet ne nous a pas donné les noms de ses père et mère, pour la bonne raison qu'il est arrivé dans la Colonie après son mariage célébré à Paris avant 1654. Sa femme Jeanne Levasseur, fille de Noël Levasseur et de Geneviève Gaugé, de Saint-Leu-et-Saint-Gilles, ville de Paris, avait comme frères Jean Levasseur, dit Lespérance. Ce dernier semble avoir été de la même traversée que les Drolet en 1654.
Quant à Christophe, il avait grandi dans la paroisse de Saint Eustache, Paris , non loin de la grande église sise près de l'emplacement des anciennes Halles et célèbre par ses vitraux et ses uvres d'art. Le tombeau de Colbert se trouve à l'église de Saint Eustache.
Par nos documents canadiens, nous savons que Christophe avait fréquenté les bancs d'école puisqu'il signait avec assurance, élégance et fermeté.
Emprunt révélateur
Le jeudi 13 août 1654, les marguilliers de la paroisse de Notre Dame de Québec se sont rendus chez le notaire Guillaume Audouart pour engager Jean Levasseur, dit Lavigne. Le curé Jérôme Lalement les accompagnait. La paroisse voulait profiter des talents de ce menuisier « pour y faire tous les ouvrages a tasche par preference a tout autre en cas degallité de marche». Levasseur signa son engagement avec promesse de recevoir 30 sols par jour ouvrable.
À l'occasion de cet acte notarié, l'expert du rabot en profita pour obtenir deux privilèges. D'abord, «Une place pour faire presché d'anguille» qui estoit occupé par le passé par Robert Caron ycelle appartenante a la dite paroisse». Demande accordée. Puis Jean s''ngagea à réaliser des travaux difficiles et compliqués «moyennant ce que dessus les dits Sieurs Curé et Marguilliers ont fait prest a Christophe Drollet beau frere dud. La Vigne» de la somme de 205 livres tournois dont il avait besoin et nécessité pour couvrir les frais « de son passage et de sa famille pour venir de frFranceans le vaisseau nantais». Les dits Lavigne et Drolet se sont mis d'accord pour que cette somme fût retenue et déduite du salaire de l'engagé. Christophe et Levasseur signèrent le document avec les témoins Martin Boutet, clerc, et Pierre Saucois.
Ce précieux texte d'archive nous laisse entendre que Drolet voulait payer les frais de son voyage, somme qu'il avait probablement empruntée avant son départ de France. Il faut conclure également que Christophe était venu avec sa femme et peut-être un enfant mort en mer. Autrement, il aurait tout simplement nommé son épouse. Il est vrai, comme nous le verrons plus bas, que Christophe était père de famille depuis 2 jours.
Le vaisseau nantais quittait normalement le continent européen par le port de Saint Nazaire à l'embouchure de la Loire. La somme de 205 livres devait comprendre aussi l'achat de hardes nécessaires pour le voyage, d'un coffre fermant à clef pour déposer des objets plus personnels et quelques bouteilles de vin si utiles durant la traversée. L'on sait qu'en mer l'eau potable devenait inqualifiable après une dizaine de jours.
Maître mouleur
Au Canada, il n'est pas facile de déterminer l'emploi du temps de l'ancêtre. Les auteurs, se basant sur un texte du notaire Rageot signé le 10 novembre 1672, affirment que Christophe Drolet était mouleur que d'aucuns traduisent par boutonnier ou passementier. Les passementiers confectionnaient des «dentelles» d'or et d'argent, de soie et de fil, au fuseau ou à la main, les bourses, les bracelets, les guirlandes et les nuds».. En Nouvelle France, ce métier ne devait pas faire vivre son homme. Un boutonnier fabriquait des boutons en cuivre jaune , en laiton, etc.
Le descendant Adrien Drolet croit plutôt que les maîtres mouleurs travaillaient comme commis dans les ports et dans les chantiers de construction pour mouler et mesurer le bois. Mouler le bois voulait aussi dire arranger du bois dans une membrure, dans des cordes ou anneaux, etc.
Quoi qu'il en soit, nos renseignements concernants la vie de Christophe Drolet nagent dans l'incertitude; ils n'ont pas être résumés tellement ils sont ténus et minimes.
Obligation
Entre le 13 août 1654 et le 10 mai 1655, Christophe diminua-t-il sa dette envers son beau-frère Jean Levasseur, sa femme, Jean Moyen, sieur DesGranges, Vincent Renaud, soldat au fort de Québec et Jean Levasseur, huissier de la sénéchaussée de Québec, sont réunis autour de la table du notaire Louis Rouer, sieur de Villeray. Celui-ci a rédigé un texte dont il fait lecture. Christophe Drolet et son épouse avouent devoir à Jean Levasseur la somme de 130 livres tournois. Était-ce un état un de compte? Christophe avait-il déjà remis 75 livres des 205 qu'il devait à son créancier? Rien dans le texte ne laisse croire à une remise. Il s'agit bel et bien d'un autre emprunt «a eux faict à leur besoin et necessité». La somme devait être remise « dans quatre ans».
Cet argent neuf devait servir à défrayer le pasage du retour en France de la famille Drolet : Christophe, Jeanne et le bambin Pierre. À preuve, leur absence lors des recensements de 1666 et 1667. L'on rapporte la présence des frères Jean et Pierre Levasseur : mais de leur sur Jeanne, femme de Christophe : rien.
Les Drolet reviendront au pays en 1668. Le 21 octobre de cette année-là, il y eut un accord entre Charles Palentin, dit Lapointe, et Christophe Drolet pour jouir avec lui de la moitié de la ferme baillée par le sieur Levasseur, dit Lavigne. Puis, le 7 décembre 1669, leur unique fille, Jacqueline, âgée d'environ 5 ans selon le registre de Notre Dame de Québec, fut portée en terre. Le même jour, le curé Henri de Bernières baptisait Jacques Etienne Girard, fils de Joachim. Il signa. Pour Jacqueline, aucune signature, aucune présence ne fut signalée.
De toutes manières, ap`res ce deuil pénible, les Drolet s'en retournèrent en France, dès l'année suivante. L'adaptation à la vie du bourg de Québec leur semblait trop difficile.
Révélation
Le père Archange Godbout a trouvé dans un contrat à Paris un codicille daté du 13 octobre 1668 et ajouté au testament de Françoise Gaugé, tante de Jeanne Levasseur. La parente fait un legs de 30 livres à « ses neveux, enfants de Christophe de Rollet et de Jeanne Levasseur».
Jean Levasseur, procureur de son beau-frère Drolet, loue à Michel Legardeur , le 10 novembre 1672, la maison de Christophe Drolet
« mouleur à Paris». Le bail d'une durée de trois ans d'un emplacement de terre défrichée et maison rappelait que l'habitation se trouvait à la haute ville, près du lieutenant général Louis Théandre Chartier, sieur de Lotbinière, et de Nicolas Dupont, sieur de Neuville. Le locataire s'engagea à clôturer le terrain.
Les Drolet termineront leur vie à Paris, paroisse Saint Eustache. Christophe et Jeanne, votre passage à Québec fut semblable à ces oiseaux qui renoncent à y bâtir leur nid si l'environnement ne leur est pas favorable. L'homme n'a pas été créé pour rester sur place; autrement, il aurait des racines aux pieds.
Le fils de Pierre
Si Christophe et Jeanne ne nous ont laissé que des brides de leur vie, il en fut de même pour les 36 premières années de Pierre Drolet, seul responsable de la pérennité du patronyme en Amérique.
Pierre, né le 11 août 1654, reçut le baptême le lendemain à l'église Notre Dame de Québec. Ses parrain et marraine Pierre Levasseur, dit Lespérance, Élisabeth, dite Isabelle Moyen des Granges, le présentèrent au père Jérome Lalement pour qu'il versât l'eau baptismale sur le front du petit.
Pierre retourna en France avec ses parents vers 1665; il revint au Canada en 1668. Il avait alors 16 ans. Est-il pensable que ses parents laissèrent en Nouvelle France leur fils unique, lors de leur retour définitif dans la mère patrie vers 1670? Je crois que pierre a suivi ses père et mère. Il serait revenu seul vers l'âge de 25 ou 26 ans. Surprise! Au recensement de l'année 1681, Pierre est recensé comme domestique du huissier Jean Levasseur, 60 ans. Celui-ci possède 1 est dit âgé de 17 ans. Erreur de transcription! Il en avait 27. Puis, pendant 7 autres années, ce fut encore le silence le plus complet à son sujet.
Enfin, le mardi le 21 septembre 1688, Pierre se rendit chez le notaire Gilles Rageot pour faire parafer son contrat de mariage. L'amante Catherine Routhier, baptisée à Québec le 15 février 1673, était fille de feu Jean Routhier et de Catherine Méliot, remariée à Charles Bouvier depuis le 4 janvier 1678. Appuyaient la future épouse sa mère, son beau-père, ses frère et sur Jean et Jeanne Routhier; Pierre Nolan et Catherine Huart; Charles et Marie Bouvier. Du côté Drolet se rangeaient Pierre Levasseur, oncle; Noël, Charles et Pierre, cousins! Guillaume Roger, Charles et Jeanne Hamel, etc. Le futur marié donna à sa fiancée un douaire de 300 livres. Les deux convinrent d'un préciput de 200.
La bénédiction nuptiale fut peut-être donnée à Lorette ou à L'Ancienne Lorette où le couple vit naître ses 16 enfants, dont 8 se marièrent et firent souche.
Pierre Drolet fut inhumé dans le cimetière de L'Ancienne Lorette, vendredi 29 juillet 1726. Il demeure le véritable fondateur de la famille Drolet. Catherine Routhier lui survécut plusieurs années. Et les Drolet se sont succédé de plus en plus nombreux jusqu'à nos jours. Ce fut l'amour et la fidélité au long cours.
Charles Drolet (1795-1873) issu de Charles et d'Angélique Hill, de Québec, fut reçu au Barreau le 28 avril 1827. Député dans le comté de Saguenay en 1836, il se rangea du côté de Louis Joseph Papineau et des patriotes. Il dut fuir aux Etats Unis. Robert Nelson le nomma au nombre des 12 conseillers de l'éventuelle république du Bas Canada. Charles termina ses jours comme greffier à la cour de la vice-amirauté de Québec et greffier suppléant à la Cour d'appel.
Fils de François et de Marie Louise Fiset, ordonné prêtre à Québec le 24 janvier 1830, Hector-A Drolet (1806-1861) fut missionnaire à Nipissiquit , à Caraquet, au Nouveau Brunswick, et à Montpellier, aux États Unis. Il était le premier prêtre de la descendance.
Texte choisi dans nos ancêtres no : 23 écrit par Gérard Lebel
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