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Le 31 août 1635, Jacques de La Brecque et Catherine de Caux portaient sur les fonts baptismaux de Saint-Jacques de Dieppe François Abraham Fiset, le fils d'Abraham et de Catherine Labrecque.

Au printemps 1654, le 25 avril, l'immigrant Fiset, 19 ans, signait un contrat d'engagement pour 3 ans à Paul Chalifour. Ce dernier lui apprendra le métier de charpentier; il promet de le nourrir jusqu'au 20 mars 1657. Pour services rendus, le sieur Bourdon donnera à Abraham 60 livres, après sa deuxième et troisième année d'apprentissage.

Peut-on vivre du rabot et oublier la pioche? Que fera Abraham?

Charpentier terrien

Abraham obtint sa < carte> de compétence comme charpentier à la fin de 1657 et put exercer quelque temps son métier aux environs de Québec, peut-être même chez monsieur Bourdon. L'ouvrage vint à manquer.

Le 24 août 1660, l'ancêtre s'adressa à Jean de Lauzon, Grand Sénéchal de la Nouvelle-France, pour obtenir un lot dans le fief de lotinville. Celui-ci lui concéda, à 36 arpents environ à l'Est de l'église actuelle de l'Ange-Gardien, une terre de 3 arpents de front sur le fleuve. C'est dans cette ferme qu'Abraham construisit sa première cabane, fit son premier défrichement. Il demeura toute sa vie sur cette parcelle de patrie près de laquelle s'établirent également Pierre Tremblay, Charles Lefrançois, Symphorien Rousseau et Romain Trépanier. Le fief de Lotinville passa entre les mains de Bertrand Chenay, sieur de LaGarenne, le 30 août 1664. Les colons eurent alors payer le cens et les rentes seigneuriales à ce nouveau propriétaire.

À cette époque, le 30 décembre 1663, nous découvrons que Fiset avait contracté une dette de 51 livres envers Nicolas Huot dit Saint-Laurent, huissier de la Côte de Beaupré. Le texte un tantinet nébuleux semble signifier ceci : Abraham payera son créancier à condition que Jean Rhéaume lui remettre autant de livres dues à cause de certains travaux. De menuiserie peut-être, qu'il avait effectués chez Simon Savard.

Savard-Fiset

Abraham travaille depuis 10 ans au Canada. Le temps est venu de fonder un foyer. Le 30 novembre 1663, il se présente à la maison de Jean Provost, de Beauport, où s'est rendu le notaire Vachon pour fixer les termes du contrat de mariage. Abraham Fiset fait face à Simon Savard et à Marie Hourdouille, futurs beaux-parents, ainsi qu'à sa belle, Denise. Jacques Bussière, Mathurin Morriset, Charles Lefrançois, Vincent Verdon, etc., assistèrent à la cérémonie civile. Les futurs époux se marieront en communauté de biens.

Que savons-nous de Denise Savard? Elle était née à Montreuil-sous-Bois, paroisse Saint-Pierre Saint-Pierre, près de Paris, là où ses parents s'étaient mariés le 15 juin 1644. Denise, 18 ans, l'aînée des 6 enfants Savard connus, arriva au Canada à l'été de 1663, après une traversée des plus pénibles. Son père, maître charron, avait beaucoup souffert du voyage; il décédera prématurément en 1664. La future apportait lors de ses fiançailles des biens évalués à 400 livres, sans compter ses habits et autres effets personnels estimés à 10 livres.

À Château-Richer, le 5 février 1664, le missionnaire Thomas Morel donna la bénédiction nuptiale au couple fondateur de la descendance Savard-Fiset en Amérique.

Histoire sans histoire

Pendant 35 ans, Abraham ne fit pas beaucoup de vague. Pas même une bonne chicane clôture!

Par chance, l'histoire nous a légué trois recensements dont voici quelques précisions. Le premier, celui de 1666, fait à la bonne franquette, semble rajeunir François-Abraham, le charpentier, en lui donnant 27 ans; l'âge de Denise, conforme à la vérité : 20 ans. Le recensement de 1667 inscrivit 30 ans pour le maître de la maison et ajouta un détail très important, peut-être même gonflé : 19 arpents de terre en culture. C'est beaucoup pour l'époque, énorme s'il s'agit d'un travail accompli à la pioche! On ne signale l'existence d'aucune bête de trait à l'étable. Enfin, en 1681, Denise Savard se vieillit de quelques années, chose étrange!… Devant ses 8 enfants, elle dit aux recenseurs : 40 ans. Il y a 4 bêtes à cornes à l'étable et 25 arpents de terre défrichée. Les voisins sont Pierre Trudel et le notaire Etienne Jacob, à la place de Symphorien Rousseau et de Louis de la Marre en 1660. À propos de 1660, l'on se souviendra que, le 2 février, Abraham Fiset avait reçu le sacrement de Confirmation des mains de Mgr de Laval.

À l'occasion de l'inventaire des biens de Bertrand Chenay, le 23 février 1671, le notaire Fillion écrivit qu'une vache sous poil noir âgée de 5 ans, appartenant à Chenay, se trouvait dans l'étable de Fiset. De plus, ce dernier devait 225 livres et 10 sols à son seigneur.

Ajoutons quelques précisions glanées dans l'inventaire des biens Fiset, inventaire dressé le 26 janvier 1701. Ce n'est plus 25 mais 50 arpents de terre en valeur, soit en labour, prairie et pâturage. La maison, <partie de coulombage et de pièces sur pièces couverte de planches> , mesure 36 pieds en longueur et 18 en largeur. La grange : longue de 30 pieds, large de 20 pieds; l'étable : 20 x 20 pieds . À la maison, ce sont les ustensiles et le ménage ordinaire de ce temps-là. On mangeait de la morue et du lard salé, du pain et du beurre de la <tinette>. Les oranges ne roulaient pas sur la table! À la ferme : 1 charrue, 2 haches, 2 fusils. Mettez-y de la vie en ajoutant une belle jument avec son harnois, 1 taure, 2 veaux, 3 vaches, 4 bœufs de travail, 4 petits cochons et 11 poules dirigées par un coq pimpant. Les Fiset récoltaient du blé, de l'orge et de l'avoine.

Tel est en abrégé le portrait des propriétés Fiset à l'Ange-Gardien, à la fin du 17 e siècles : une ferme moyenne où l'on vit des jours ordinaires et heureux.

De génération en génération

Abraham Fiset, 65 ans fut hospitalisé pendant dix jours à l'Hôtel-Dieu de Québec, le 5 avril 1694. C'était un printemps de mauvaise grippe. Il décéda le 23 décembre 1700. Il était père de 14 enfants.

Le notaire Étienne Jacob procéda à l'inventaire des biens d'Abraham Fiset, le 26 janvier 1701, en présence de Denise Savard. Et, le 7 juillet 1704, nous savons par un acte du Conseil Souverain que maman Fiset n'était plus. François et Louis obtenaient des lettres d'émancipation pour pouvoir jouir du partage des biens restants de la famille. Charles racheta de ses frères et sœurs la terre paternelle, divisée selon la coutume entre tous les héritiers. Ce Charles, père de 16 enfants, fut inhumé à l'Ange-Gardien, le 2 novembre 1749. À la deuxième génération, la famille commença à se disperser pour s'implanter surtout du côté de Portneuf, à Neuville.

Le plus illustre descendant se nomme l'Honorable Eugène-M.-J. Fiset, militaire de carrière et médecin réputé, sous-ministre de la Milice et de la Défense nationale, 18 e Lieutenant-Gouverneur de la province de Québec de 1939 à 1950. Par son épouse Stella Taschereau, il était allié à cette grande et puissante famille. L'Honorable Fiset toucha même à la politique en briquant cinq fois les suffrages du comté de Rimouski, où il avait vu le jour le 15 mars 1874. Décédé à Saint-Patrice de Rivière-du-Loup, le 8 juin 1951, sa dépouille mortelle fut transportée au cimetière de Rimouski, le 11 juin suivant.

La couronne des vieillards, ce sont les enfants des enfants; et la gloire des enfants, ce sont leurs pères.

Texte de Gérard Lebel







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