L'ancêtre Angevin
Explication de Angevin: adj, et n. D'Angers ou de l'Anjou

En 1666 et 1667, le recenseur inscrit Mathurin sous le nom de Huau. Chaque fois on le dit âgé de 20 ans. On le trouve d'abord parmi les travailleurs non engagés demeurant à Beaupré; ensuite, Pierre Voyer et Marie Crampon l'emploient à titre de domestique. Les Voyer résidaient alors à Château-Richer.

Les trois années subséquentes semblent celles de l'apprentissage et de L'acclimatation : les documents sont muets sur les allées et venues du jeune homme. On sait qu'au début de 1671, le notaire Michel Fillion dresse l'inventaire des biens de la succession de Bertrand Chesnay de la Garenne, seigneur du fief de Lotinville. Parmi ses nombreux débiteurs se trouve Mathurin Huot, que le tabellion dit redevable à Chesnay d'une somme de 89 livres.

Donc, à cette époque , Mathurin demeure déjà à L'Ange-Gardien et il est probable qu'il y est installé depuis un certain temps puisqu'il s'apprête déjà à prendre épouse.

En effet, le 12 juillet suivant, une réunion de famille se tient en présence du notaire Paul Vachon. Sont présents René du Tertre (Le Tartre) et sa femme Louise Goulet, originaires de Saint-Pierre de La Poterie, au Perche, habitant présentement à L'Ange-Gardien, lesquels stipulent pour leur fille Marie, consentante à prendre pour époux Mathurin Huot, fils de défunt René Huot et Renée Poirier, demeurant de leur vivant en la ville de Segré, paroisse de La Madeleine, Anjou (Maine-et-Loire).

Cette petite ville très pittoresque est sise à 36 kilomètres à l'ouest d'Angers, au confluent de la Verzée et de l'Oudon. Paris se trouve à 327 Kilomètres , direction nord-est. L'Église de La Madeleine y a été construite sous Restauration . On voit aussi à Segré les ruines des deux châteaux, l'un datant du X11e siècle, l'autre du X1Ve, ainsi que des maisons anciennes perchées sur des coteaux escarpés.

Le notaire Vachon rapporte que les parents et amis assemblés pour la lecture du contrat de mariage sont, de la part de Marie, Jean Mathieu et Anne du Tertre, beau-frère et sœur germaine; Charles, frère germain; Jacques Goulet et Marguerite Mulier, oncle et tante maternels; René Goulet et Catherine Le Roux, cousins; Adrien Hayot et Marie Madeleine Guion, des voisins. Pour sa part, Mathurin a invité Nicolas Huot de Saint Laurent, greffier de la seigneurie de Beaupré et de l'Ile d'Orléans. Le pacte convient de l'entière communauté de biens, selon la coutume de Paris. Enfin, le douaire est fixé à 300 livres tournois, soit la somme habituelle dans de telles circonstances. Les témoins officiels sont Charles Henou et Martin Huan. Ceux qui signent le document sont Saint-Laurent, Hayot, Guion, Huan, Henou ainsi que le notaire.

Le mariage proprement dit est célébré le 25 novembre suivant, dans la chapelle de L'Ange-Gardien. C'est le missionnaire François Fillion qui reçoit le mutuel consentement des époux, en présence de Charles Gaudin, Jean Poulin et Jacques Goulet.

Débuts de L'Ange-Gardien

En tenant feu et lieu à l'Ange-Gardien depuis 1670 au plus tard, Mathurin Huot compte parmi les premiers habitants de cette paroisse. Le défrichement de ce territoire avait commencé vers 1654, mais le peuplement ne se fait vraiment qu'à partir de 1658, Pierre Tremblay, Rodolphe et Adrien Hayot, Pierre Petit, Symphorien Rousseau, Abraham Fiset, Louis de la Marre, Romain de Trespagny et Charles Lefrançois sont les premiers à s'y établir. À l'arrivée de Mathurin Huot, la population est encore fort restreinte, quelque dizaines de familles tous au plus. La paroisse, qui s'étend de la rivière Montmorency à la rivière Lotinville, a été détachée de Château-Richer en 1664 et a reçu son premier curé résidents en 1667. La même année, le seigneur Bertrand Chesnay s'installe dans son manoir mais, en 1671, il éprouve des difficultés avec Mgr de Laval lorsque celui-ci décide de bâtir un moulin banal au petit Pré, sur les rives de la rivière Lotinville.

Quelques années s'écoulent avant que les scribes du temps ne mentionnent de nouveau l'ancêtre Mathurin. Le 11 septembre 1678, le notaire Vachon réunit les familles Le Tartre ( du Tertre ) et Huot dans la maison du sieur Pierre Maheust des Hazards, beau-père de Charles Le Tartre, afin d'y noter une déclaration faite par les parents de celui-ci dans le but d'apporter des éclaircissements concernant leur futur héritage.

À ce propos, l'historien Raymond Gariépy résume la situation dans les termes que voici :
…René Le Tartre et Louise Goulet sa femme crurent devoir faire une déclaration afin d'éviter des difficultés lors du partage éventuel de leur succession, entre leurs enfants. Ils déclarèrent alors que bien qu 'il fût dit et porté par les contrats d'acquisition qui avaient été faits par Mathurin Huot leur gendre et par Charles Le Tartre leur fils, de la terre de Jacques Viau dit L'Espérance le 13 septembre 1674, que ledit René Le Tartre avait payé pour chacun d'eux la somme de 325 livres plus 20 livres pour les lods et ventes, ces sommes avaient effectivement été fournies par Mathurin Huot et Charles Le Tartre, ledit René Le Tartre ayant seulement prêté son nom. Le document est signé par le curé François Fillion, Zacharie Cloutier et le notaire.

Les lots occupés par les deux beaux-frères Mathurin et Charles avaient d'abord appartenu à Antoine Gabory, condamné aux galères en 1668 pour le viol de Jeanne Hébert, une voisine. Le conseil Souverain de la Nouvelle-France après enchères publiques, les avait octroyés à Olivier Morin dit Boismorice en 1669. Celui-ci retourne en France l'année suivante et c'est de Nantes, en Bretagne, qu'il les cède à Jacques Viau, le 20 mars 1674. Le 12 septembre suivant, Viau déclarait qu'il acceptait la terre demeurée en friche depuis le départ de Boismorice et qu'il avait dû payer cinq années d'arrérages à Guillemette Hébert, veuve de Guillaume Couillart, en son vivant coseigneur du fief de Lotinville. Ladite terre était située près de la petite rivière par delà le Sault de Montmorency en la Coste de Beaupré.

Au recensement de 1681, Mathurin Huot et Marie Le Tartre déclarent être âgés de 35 et 26 ans respectivement. Sont nés depuis leur mariage Marie 8 ans, Jean 4 ans et Louise 2 ans. La famille possède un fusil, trois bêtes à cornes et six arpents sont mis en valeur. À cette époque, plus de trente terres de L'Ange-Gardien sont exploitées.

Série de transactions

De 1684 jusqu'à sa mort survenue en 1707, Mathurin Huot sera passablement actif sur le marché immobilier. Le 17 juin 1684, par-devant le notaire Pierre Duquet, Guillaume Paget, Taillandier, contenant deux arpents de front sur un lieue et demie de profondeur, avec prairies, bois et hautes futaies, ainsi que toutes les dépendances. Cette terre, qui voisine celles de Jean Mathieu et de Nicolas Roussain, face au fleuve, avait déjà appartenu aux beaux-parents de Mathurin, qui l'avaient eux-mêmes acquise de défunt Jacques Greslon et de sa femme Jeanne Vignaux, le 11 mars 1679, et qui l'avaient rétrocédée le 26 septembre suivant. La transaction Paget-Huot se fait moyennant la somme de 640 livres, dont une avance de 90 livres payée par l'acheteur, étant entendu que le vendeur de 100 madriers et de 100 planches rendus en cette ville à haute marée, les 230 livres restantes devant être remboursées durant trois années consécutives tard en bled grains lard que beurre au prix que le tout vaudra. Une somme de 250 livres demeurera en mains dud. Acquéreur qui paiera hypothèque à la veuve du dit Greslon conformément au contrat de vente fait à Dutartre le 11 mars 1679.

Le 2 mai 1686, se fait un échange de terres entre trois beaux-frères, Charles Le Tartre cède un arpent à Jean Mathieu pour un arpent et demi qu'il possède dans le voisinage et celui-ci échange immédiatement l'arpent qu'il vient d'acquérir contre les deux arpents acquis de Guillaume Paget par Mathurin Huot deux ans plus tôt. Huot se trouve donc maintenant en possession des deux arpents qu'il avait partagés avec Charles Le Tartre en 1674, soit la terre entière achetée de Jacques Viau.

En 1691, Mathurin possédera durant quelques jours une autre terre, celle-là de cinq arpents de front. Nicolas Trudel la lui vend le 20 novembre, mais le contrat est résilié le 9 décembre suivant. Cette propriété avait auparavant appartenu à l'arpenteur royal Jean Guyon du Buisson. Le 5 juin 1696, Mathurin achète de son beau-père, pour la somme de 2500 livres, une terre que celui-ci avait acquise des marguilliers de L'Ange-Gardien 24 ans plus tôt. À la dite somme s'ajoutent chaque année 30 minots de blé, un porc gras et 25 livres de beurre. René Le Tartre et sa femme se réservent aussi la maison et deux jardins. Une quittance de 500 livres datée du 19 octobre 1699 accompagne cet acte. René le Tartre et Louise Goulet pouvaient finir leurs jours dans leur maison puisque Mathurin Huot avait la sienne sur la terre voisine, écrit à ce sujet Raymond Gariépy.


Devant la justice

C'est aussi à partir de 1684 que Mathurin Huot est appelé à comparaître devant le bailli de Beaupré et de l'Ile d'Orléans pour diverses raisons. Il est tantôt le poursuivant, tantôt le défendeur dans des causes très courantes à cette époque : livraison de beurre gâté, chemins inondés, retraits lignagers, dommages causés par ou à des animaux, etc. À ce dernier sujet, notons un fait plutôt cocasse survenu en 1699. Le 19 octobre, Mathurin est poursuivi par Joseph Goulet, un cousin de sa femme, parce que ses enfants se sont emparés du cheval de celui-ci pendant qu'il était au champ et qu'ils l'ont fait tellement courir qu'ils l'ont mis hors d'état de s'en servir pour labourer et faire autres travaux. Pour cette étourderie de ses fils René et Pierre, Mathurin est condamné à payer 5 livres pour intérêt civils et 3 livres d'amende.

Dans son ouvrage intitulé Les terres de L'Ange-Gardien, Raymond Gariépy évoque des démêlés beaucoup plus sérieux de l'ancêtre avec la fabrique de L'Ange-Gardien. Le 25 janvier 1700, Mathurin remet au notaire Genaple au procès verbal rédigé par Mgr de Laval le 28 mai 1671, autorisant les marguilliers à vendre la terre acquise de Pasquier Nony en 1664, attendu que par le contrat de vente de l'habitation mentionné audit écrit, faite à René Le Tartre par les marguilliers de ladite paroisse par devant Guillaume Roger lors notaire en ladite seigneurie (de Beaupré) le 3 avril 1672 et par celui de l'acquisition que ledit Huot et sa femme en ont fait depuis dudit LeTartre, il a été omis de faire mention dudit écrit par lequel ledit Seigneur Eveque a ordonné ladite aliénation et vente de ladite habitation pour les causes portées et mentionnées audit écrit, dont et de quoy ledit Huot a requis le présent acte à luy octroyé pour lui servir en temps et lieu.

Le 30 janvier 1702, Huot allège devant bailli de Beaupré que l'habitation acquise se son beau-père avait très peu de valeur lors de son achat. Celui-ci l'avait payée 659 livres, les marguilliers se réservant bestiaux, meubles, ustensiles, un arpent de terre basse, le droit de pêche et celui de prendre du bois de chauffage à perpétuité pour le curé. Huot fait valoir au juge Jacob qu'il avait recours à lui pour empêcher les marguilliers de le déposséder de laditte habitation où il a employé de bonnes sommes et quantité de travaux et fait des bastiments considérables, et qu'il était acquéreur de bonne foy.

Le 25 février suivant, François Garnaut, appelé à témoigner dans cette affaire, déclare qu'il n'a jamais eu l'intention, alors qu'il était marguillier en charge, de troubler le demandeur. Dans un jugement rendu le 3 avril, le bailli donne raison à Huot, mais celui-ci, pour en avoir le cœur net, porte sa cause devant le conseil Souverain . Le 3 juillet, Mathurin se fait représenter par l'huissier Delacetière qui allègue que son client a sans cesse été troublé par le bruit commun qui a esté causé par le curé et Marguilliers de lad, parroisse prétendant rentrer en possession de lad. Habitation, en soutenant mal à propos qu'elle n'a peu estre vendüe, quoy qu'elle l'ayt esté en bonne forme pour les raisons contenües aux contracts d'acquets et ordonnances de Monsieur l'Encien Conseil met fin définitivement au litige en défendant aux marguilliers et à leurs successeurs de troubler le réquérant et en ratifiant une fois pour toutes la décision du tribunal de première instance.

Les dernières années

Après cet important jugement, Huot acquiert encore quelques terres ou parcelles de terre, comme en fait foi le greffe de Louis Chambalon dans des actes passés au cours des années 1704, 1706 et 1707.

Durant la même période, Mathurin et Marie prennent une décision importante, celle de prendre charge de Louise Goulet, devenue veuve. Dans un document daté du 24 septembre 1706, celle-ci donne quittance à son gendre et à sa fille, de qui elle avait reçu 600 livres en argent, tant pour le procès qu'elle avait contre le curé et les marguilliers de la paroisse de L'Ange-Gardien, que pour ses autres besoins et nécessités. Cette somme, précise Raymond Gariépy, devait être déduite des 1250 livres que Mathurin Huot lui devait pour sa part (à elle) du prix de l'habitation qu'il avait acquise de René Le Tartre et d'elle le 5 juin 1696, en sorte qu'il n'en reste plus que la somme de 600 livres.

Le 6 octobre, Louise Goulet arrive à s'entendre avec son gendre et sa fille quant aux 650 livres qui restent dues en capital. Elle accepte de demeurer avec eux jusqu'à son décès et, par forme de legs testamentaire , décide de donner 50 livres à chacune de ses petites-filles et filleules, mais une fois qu'elle sera partie de ce monde, le solde de 400 livres devant être partagé entre tous les héritiers.

L'année suivante, Mathurin décide de se départir d'une de ses terres au profit de deux de ses enfants. Le 24 août 1707, il vend à Pierre et Jacques un arpent et 15 pieds de largeur chacun, sur une profondeur de 38 arpents et demi, la partie de Pierre attenant à l'habitation de Guillaume Hébert, celle de Jacques longeant le lot de son frère René. Ladite terre avait été acquise en 1704 et 1707 de Georges Cadoret et Antoine Perron. Elle était formée de sol labourable, prés, pâturage, avec bord de haute futaie. Pour cette acquisition, Pierre et Jacques devaient payer à leurs parents la somme de mille livres chacun.

Dernières volontés, décès et inventaire

L'année 1707 est celle du rappel de Mathurin par son Créateur. Son acte de sépulture est introuvable mais, grâce à l'inventaire de ses biens commandé par Marie Le Tartre, sa veuve, et rédigé par le notaire Florent Delacetière, les 7 et 8 février 1708, l'on sait que l'ancêtre est décédé chez lui le 15 décembre 1707.

La veille de sa mort, Mathurin avait dicté ses dernières volontés à Etienne Jacob. Le testament précise que le moribond, Habitant de la paroisse de L'Ange Gardien, lequel estant dans une chambre de sa maison en laquelle il est demeurant gisant au lit malade (estant) sain d'esprit mesne d'entendement ainsy quil a paru audit notaire soussigné… considérant en luy mesme quil n'y a rien de plus certain que la mort et de plus certain que l'heure dicelle craignant den estre prevenu avant davoir disposé de quelques affaires temporelles au regard de ses enfants…

Mathurin déclare qu'il a remis à son fils aîné Jean la somme de 1300 livres pour lui acheter une terre acquise de René Mathieu suivant un contrat passé chez Jacob le 23 juin 1700, dont il a reçu un remboursement de 300 livres et dont il désire que les autres cohéritiers tiennent compte. Il ajoute qu'il a aussi prêté à ses gendres Jean et Louis Garnaut les sommes de 85 et 70 livres respectivement, qu'il veut que l'on considère dans le partage de sa succession afin de conserver lesgalité entre les enfants et entretenir bonne et saine union entre eux. L'acte paraphé en présence du curé Gaspard Dufournel et du chirurgien Samuel Lecomte.

À l'inventaire du début de février 1708, Marie Le Tartre invoque la communauté des biens avec son défunt mari et sa qualité de tutrice de ses enfants mineurs Pierre, Jacques, Nicolas, Thérèse et Marie Magdeleine. Elle mentionne aussi qu'elle est alitée depuis plusieurs jours attendu son incommodité, mais elle est saine d'esprit, de mémoire, d'entendement. Elle promet de s'acquitter fidèlement de son devoir de tutrice. Le subrogé tuteur élu est Nicolas Trudel, lieutenant de milice de la seigneurie de Beaupré.

Suit la description des biens meubles, ustensiles, labourage, argent, titres, papiers, enseignements, dettes passives et actives, ainsi que des autres effets dépendant de la succession. Ces biens ont été estimés par Guillaume Maroist, huissier priseur et vendeur de meubles, assisté de Jean Côté, habitant de la même paroisse.

L'énumération des animaux du cheptel, ainsi que le bilan des dettes passives et actives révèlent que l'ancêtre était plutôt prospère. Il a prévu de faire dire des messes à plusieurs endroits pour le repos de son âme, notamment vingt par Messire Boucher, curé de la Pointe de Lévy, vingt autres par Messire Volant de Saint-Claude, curé du Cap Varenne et huit par les Messieurs du séminaire de Québec. Une somme de 180 livres est réservée pour la pension de Marie-Magdeleine chez les Ursulines de Québec, à compter de la dernière fête de Sainte Catherine jusqu'à pareil jour de la présente année.

En conclusion, la veuve mentionne qu'aucun inventaire n'a été fait pour les fourrages, mais qu'elle les fera estimer après qu'ils auront été vus. Les témoins Louis Gariépy et Jean Côté, le subrogé tuteur Nicolas Trudel, ainsi que les estimateurs Vésinat et Maroist signent le document avec le notaire Delacetière.

Le 9 mars suivant, Marie Le Tartre comparaît devant le bailli Jacob, en présence de Nicolas Trudel, pour lui demander de clore l'inventaire fait un mois auparavant, jurant et affirmant avoir faict employer audit inventaire tout ce quelle a affirmant avoir faict employer audit inventaire tout ce quelle a eu de cognoissance des biens de laditte communauté, a la reserve de quatre vingt minots de bled froment qui se sonttrouves dans la grange plus quil nestoit mentionne audit inventaire et dont elle offre tenir compte de ce qui en appartiendra aux dits heritiers maieurs et mineurs…

Partage des biens

Le 9 septembre, le notaire Delacetière préside aussi au partage de biens laissés par Mathurin Huot. Louis et Jean Garnaut rapportent à la succession chacun 370 livres, dont 300 données par le contrat de mariage, tandis que Jean et René Huot rapportent également 1000 livres chacun fournies en avancement d'hoirie. La veuve déclare avoir avancé avec son défunt mari, le 24 août 1707, pareilles sommes de 1000 livres à leurs fils Pierre et Jacques pour qu'ils puissent s'acheter des terres.

La valeur de la succession après inventaire était de 7257 livres et les deux terres estimées à 5000 livres. Marie Le Tartre obtient la moitié du tout et le reste est divisé à parts égales à ses neuf enfants vivants. Le 27 mars 1717, elle vend à Nicolas et à Marie Magedeleine deux arpents à détacher de l'habitation de quatre arpents joignant Denis Quentin et les héritiers de Guillaume Hébert, pour la somme de 2000 livres. L'année suivante, le 28 octobre, elle cède à Nicolas et à son gendre Jean Côté un autre arpent à détacher des deux arpents qui lui restaient, avec une petite maison, entourée de madriers ( elle gardait pour elle la partie du nord-est), pour le prix de 1250 livres.

Décès de Marie Le Tartre

Le 12 janvier 1724, Marie Le Tartre, gisant au lit malade convoque une assemblée de famille et expose les motifs qui l'ont obligée à se pourvoir devant le conseil Supérieur pour obtenir des lettres de restitution contre le partage passé avec ses enfants majeurs le 9 septembre 1708, acte dont elle avait demandé l'annulation quelques années auparavant, étant donné qu'elle aurait rendu compte des biens de sa communauté pour la conservation des droits des enfants mineurs.

Désirant conserver l'égalité entre ses enfants et éviter des procès entre eux après sa mort, elle leur demande de consentir à la vente qu'elle désire faire à Nicolas Huot et à Jean Marie Côté (époux de Marie Magdeleine Huot), d'une terre qu'elle-même est incapable de faire valoir à cause de ses maladies continuelles. Les héritiers acceptent la proposition de l'aïeule et agréent la vente de la terre qu'ils estiment à 5000 livres, y compris les bâtiments. Jean Marie Côté obtient les deux arpents du sud-ouest, soit la terre originelle de l'ancêtre Mathurin, tandis que Nicolas prend possession des deux arpents du nord-est, soit la terre ayant appartenu à René Le Tartre, père de Marie.

Cette famille Le Tartre serait arrivée du Perche après 1664. Née en France vers 1655, Marie émigre donc avec ses parents. La présence d'un René du Tertre est signalée à Québec en 1663; s'il s'agit du père de Marie, il est retourné en France la même année pour revenir en Nouvelle-France peut-être deux ans plus tard avec tous les siens. L'acte de sépulture de la veuve Huot est perdu mais, d'après Gariépy, elle était membre de la confrérie de Sainte Anne et elle a été inhumée le 5 octobre 1726, à l'âge de 71 ans environ.

Nombreuse descendance

Dix enfants sont nés de l'union de Mathurin Huot et de Marie Le Tartre. Neuf se sont mariés et comptent une nombreuse descendance. Comme on l'a vu, c'était une famille industrieuse, bien nantie et bien considérée dans son milieu. Les enfants ont eu une instruction supérieure à la moyenne. Deux seront notaires. Ils sont tous nés à L'Ange-Gardien. Voici quelques renseignements sommaires sur chacun d'eux :

  1. Marie, née le 11 baptisée le 14 mai 1674; décédée à L'Ange Gardien lors de l'épidémie de picote et inhumée le 4 mars 1703. Mariée dans cette paroisse le 14 avril 1692 à lui Garnault (1670-1750), fils de Louis et de Marie Mazoué ( 1 fils et 4 filles).

Louis remarié à Beauport le 25 juin 1705 à Catherine Soulard, veuve de Pierre Vachon ( 3 fils et 1 fille ). Catherine avait perdu son mari et deux autres du premier lit que Louis Garnaut a élevés avec ses propres enfants. Cette famille était à L'Ange-Gardien.

  1. Jean, né le 24 juin et baptisé le 11 juillet 1677; inhumé à L'Ange Gardien le 30 août 1734. Marié au même endroit le 17 janvier 1701 (contrat Jacob, la veille) à Madeleine Roussain (1683-1745) , fille de Nicolas et de Madeleine Tremblay ( 8 fils et 5 filles). Famille de L'Ange-Gardien.

  1. Louise, née et baptisée le 20 décembre 1679; inhumée à Charlesbourg le 7 juillet 1730. Mariée à L'Ange-Gardien le 8 avril 1698 ( contrat Jacob, le 2) à Jean Garnaut (1676-1749) , fils de Louis et de Marie Mazoué ( 4 fils et 6 filles). Jean remarié à Charlesbourg le 7 mars 1735 à Ursule Martin ( 1 fils et 4 filles ) . Famille de Charlesbourg.

René, né le 29 août et baptisé le 1 er septembre 1682; inhumé à L'Ange Gardien le 7 novembre 1754. Marié à Beauport le 6 octobre 1704 ( contrat Duprac, même jour) à Louise Parant (1681-1744), fille de Jacques et de Geneviève-Louise Chevalier ( 5 fils et 6 filles). Famille de L'Ange-Gardien

Pierre, né et baptisé le 4 janvier 1685; inhumé à L'Ange Gardien le 1 juillet 1749. Marié à Beauport le 26 février 1710 ( contrat Chambalon, le 24) à Marie Anne Parant, née en 1691 fille de Jacques et de Geneviève Louise Chevalier ( 6 fils et 9 filles). Famille de L'Ange Gardien. Une note intéressante de Raymond Gariépy au sujet de Pierre:  Il fut choisi par le séminaire de Québec, seigneur de Beaupré, comme greffier au bailliage, pour remplacer le notaire Verreau qui occupait cette charge. Il fut nommé en juillet 1722 mais pour des raisons que l'on ignore il ne fut installé en sa charge que le 27 mars 1727 (ASQ, Séminaire, 25 : 19 et 20). Pierre Huot reçut aussi du séminaire une commission de notaire le 9 février 1734 et fut installé en cette charge le 21 juillet 1734 (ASQ, Séminaire, 25 :21). Il instrumenta en cette qualité jusqu'à sa mort survenue le 30 juin 1749, alors qu'il fut remplacé comme notaire par son frère Nicolas.

Jacques, nés le 4 et baptisé le 6 avril 1687; inhumé à Château Richer le 2 juin 1766 ( décédé la surveille muni de tous les derniers sacrements). Marié à L'Ange Gardien le 23 novembre 1711 (contrat Delacetière, le 15) à Angélique Trudel (1682-1744), fille de Pierre et de Françoise Lefrançois, et veuve de Jacques Garnaut (5 fils et 4 filles). Françoise avait eu 2 fils et 3 filles de son premier mariage. Famille de L'Ange Gardien . Le 28 janvier 1746 , chez son frère Pierre, Jacques a passé un contrat de mariage avec Agnès Drolet, contrat annulé le lendemain.

Marguerite, née et baptisée le 12 février 1689; inhumée à L'Ange Gardien le 12 janvier 1699.

Nicolas, né et baptisé le 1 novembre 1691; décédé en janvier 1772. Premier mariage à Beauport le 3 février 1716 à Marie Louise Chevalier (1698-vers1728), fille de Michel et de Charlotte Parant ( 3 fils et 5 filles ) ; deuxième mariage à L'Ange Gardien le 11 octobre 1728 (contrat Jacob fils, la veille) à Louise Garnaut (1708-1772), fille de François et de Louise Carreau ( 2 fils et 2 filles ). Nicolas a pris la succession de son frère Pierre en qualité de notaire de la côte de Beaupré; à quelques jours l'un de l'autre au début de 1772. Cette famille habitait aussi à L'Ange Gardien.

Thérèse , née le 10 baptisée le 12 décembre 1693; décédée vers 1729. Mariée à L'Ange Gardien le 13 avril 1711 ( contrat Delacetière, le 6 février) à Joseph Côté (1689-1760), fils de Jean et Geneviève Verdon ( 5 fils et 5 filles). Joseph s'est remarié à L'Ange Gardien le 23 janvier 1730 ( contrat Jacob fils, le 19 ) à Maire Jeanne Roussain ( 1705-1784 ) , fille de Joseph et d'Anne Jacob ( 5 fils et 4 filles). Famille de L'Ange Gardien.

Marie Magdeleine, née et baptisée le 20 décembre 1695; décédée après 1765. Mariée à L'Ange Gardien le 4 février 1716 à Jean Marie Côté (1696-après 1765), fils de Jean et de Geneviève Verdon ( 8 fils et 3 filles ). Famille de L'Ange Gardien.

Source du texte: Nos Ancêtres no : 22 écrit par Jacques Saintonge









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